Abris de glace

Opium

« La jeune personne a été préparée. Elle vous attend. »
Comme la femme s’éloignait sans s’assurer que je la suivais, je gravis après elle l’escalier en colimaçon qui s’ouvrait sur le hall d’entrée, dérobé par une tenture sombre que j’avais remarquée à mon arrivée parce qu’un souffle la faisait frémir de temps à autre. Pendant tout le temps que j’avais attendu, qui avait pu durer entre une demi-heure et une heure, cette sorte d’épais rideau tombant sans pli jusqu’au sol avait remué ainsi trois ou quatre fois, comme si derrière on avait ouvert et refermé une porte. A chaque fois, ç’avait été un mouvement à peine perceptible, une lourde et brève ondulation suggérant que la tenture opaque, d’un brun très sombre tirant vers le noir, pesait un grand poids. Elle donnait l’impression non seulement d’intercepter le moindre rayon de lumière, mais d’étouffer les sons, d’amortir en sa masse et de retenir captives les vibrations de l’air. Quelles folles clameurs emprisonnait-elle de la sorte, à quels débordements de pure terreur avait-elle interdit de parvenir jusqu’à moi ? — cette question m’avait maintenu en alerte pendant toute mon attente, elle avait guidé mon angoisse dans le dédale opiacé de cette heure sans substance, vers ce rectangle obscur et parfait auquel s’était bientôt réduit l’univers.
.../...

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